D ans les cours à venir nous verrons qu’il n’y a aucune raison valable de croire en l’existence d’un dieu. Si cette proposition est vraie conséquemment il n’y a pas davantage de raisons de croire en une vie après la mort. En fait la fonction principale de la croyance en dieu est justement de nous fournir une tentative de réponse à la question de ce qui arrive après notre mort, de justifier la souffrance de tant d’innocents et d’expliquer pourquoi le mal demeure impuni. Enlever le concept de la vie après la mort de l’équation et la question de l’existence de dieu soudainement perd son sens.
L’humanisme athée adhère à la conception du monisme de l’être humain, c’est-à-dire qu’il ne croit pas au dualisme corps et âme ou corps et esprit. Lorsque le corps meurt, il ne reste rien qui survive. Cette conviction rend désuète tout effort d’expliquer les problèmes de l’existence en les projetant dans une autre vie. Elle demande à chacun de nous d’avoir le courage de faire face aux adversités ici et maintenant, le courage de trouver les réponses et les remèdes. Le bonheur dépend de nous, pas d’un improbable « paradis » céleste.
Les personnes qui croient en un dieu ou une déesse (ou des dieux et des déesses) avec lesquels ils ont une relation personnelle se nomment des « théistes ». Ils croient que seul dieu a toutes les réponses à la souffrance des innocents et qu’il récompense au paradis tous ceux qui suivent « la ligne du parti » en quelque sorte. Pour un humaniste cela représente une intrusion intolérable à la vie elle-même, mettre tous ces œufs dans le panier de la vie éternelle c’est abdiquer face aux problèmes de cette vie.
Si on se fie aux croyances chrétiennes traditionnelles, vous pouvez faire le bien autant que vous pouvez, donnez autant d’amour que vous en êtes capable à votre prochain, vous n’en profiterez qu’après votre mort. Votre récompense vient après votre vie. Cela rend la perspective de la mort plutôt favorable, mais la chrétienté a des vues franchement pessimistes en ce qui concerne la vie sur terre. Certains chrétiens se font dire qu’ils ne devraient pas être trop fiers d’eux-mêmes, qu’ils doivent demeurer humbles dans le but de récolter leurs récompenses aux cieux. Mais on pourrait affirmer que cette attitude encourage l’égoïsme, l’intérêt personnel et l’élitisme, tout bien que l’on fait est en fait dans son propre intérêt.
On peut constater cet état de fait de manière individuelle et collective. Le théologien catholique Teihard de Chardin a déjà décrit le chrétien (catholique bien sûr) comme « de droit, le premier et le plus humain des hommes.» On retrouve malheureusement ce même élitisme chez plusieurs juifs, chrétiens et musulmans encore au 21e siècle.
Ce monde est plus important que l’hypothétique suivant, si les êtres humains n’arrivent pas à trouver une valeur à cette vie, alors la mort devient quelque chose à craindre. Dans ce monde plus séculier dans lequel nous vivons aujourd’hui, il y a sans doute moins de préoccupations en ce qui concerne les avantages qu’on peut retirer au paradis et davantage sur l’espoir de remporter la prochaine loterie nationale ou de pouvoir rembourser son hypothèque. Mais il demeure néanmoins bien des gens qui ont une vision élitiste de leurs récompenses dans leurs prochaines vies, quoi que ce fut, pour peu qu’ils endurent les difficultés de la vie avec impassibilité et abnégation. Après tout, Jésus lui-même, bien qu’il se préoccupât des pauvres et des pêcheurs avait tendance à encourager la pauvreté et l’errance chez ses disciples. Même lorsque la « parousie », la seconde venue du messie, ne s’est pas manifestée, l’autre monde et non celui-ci demeura le plus important.
Les humanistes séculiers rejettent cette vision négative de l’existence, tout comme cette fable d’une vie merveilleuse après notre mort avec un corps physique ressuscité et reconstitué. Le rejet d’une divinité anthropomorphe qui, après notre mort va nous récompenser ou nous punir selon que l’on a cru en lui ou non, élimine ce besoin de croire en une vie après la mort. L’anthropomorphisme est le fait d’attribuer des caractéristiques humaines à une divinité, un animal ou à un objet. C’est un concept que nous examinerons de plus près dans un autre module.
Les religions orientales croient surtout en la réincarnation . Les bouddhistes, les hindous et les sikhs parlent de « samsãra. » Selon eux notre vie est dictée par le « karma .» Le « karma » est une loi religieuse d’actions réactions, de cause à effets par laquelle les actions d’un individu sont prises en compte dans cette vie ainsi que dans ses vies futures. Le karma peut être bon, le résultat de bonnes actions et mauvais, le résultat de mauvaises actions. Si une personne arrive à se débarrasser de tout karma , elle n’aura plus besoin de renaitre. Pour accomplir cet exploit, selon ces religions on doit se débarrasser complètement de son égo, le « moi », car ce sont les désirs et les aversions du « moi » qui cause l’effet « karmique» et qui entraîne toutes sortes d’effets indésirables pour les fautifs.
Ces effets « karmiques », toujours selon les religions orientales, sont causés par nos actions, nos paroles et nos pensées. Chaque individu est toujours en train de générer des actions qui vont se métamorphoser en effets qui vont finir par dicter le type de personnalité, d’apparence physique, du type de naissance de toute sa prochaine vie. Donc tout ce qui arrive est le résultat du karma . Lorsqu’une personne meurt, elle peut se débarrasser d’une partie de son karma en « travaillant » au ciel ou en enfer (ou les deux), puis elle renaitra pour continuer à subir le karma accumulé dans de précédentes vies.
Le « moi » donc, selon les religions orientales, est LE truc à se débarrasser si on désire s’extirper du cycle de réincarnation ou samsãra. Il est facile de conclure que cette théorie est tout le contraire de l’humanisme qui encourage l’affirmation de soi. Et comme il semble évident pour un esprit indien qu’un individu semble toujours conserver sa personnalité propre, tout un chacun est condamné à perpétuité par le samsãra avant de s’en libérer. Le nombre de réincarnations étant infini.
Le résultat de ces croyances est de générer une apathie énorme face à la vie. Le système indien des castes prend son origine dans les religions et est fondée sur la croyance au karma et au samsãra. Seulement ceux avec un bon karma naissent dans les castes supérieures. De même ceux avec un vilain karma naissent dans les castes inférieures, serviles et ceux vraiment mauvais naissent complètement hors-castes. Aujourd’hui on les nomme les « Dalits », autrefois appelés parias, intouchables et Harijans. Même si le gouvernement indien a rendu illégal l’intouchabilité ceux qui ont le malheur de naitre hors-caste continuent d’être les victimes de préjugés religieux. C’est vrai spécialement dans les régions rurales, majoritaires en Inde.
Le degré d’enracinement de ces préjudices est particulièrement évident dans le cas du sikhisme. Le sikhisme est la plus récente des religions indiennes où elle a connu son émergence vers le 15e siècle. Leurs chefs religieux condamnèrent d’emblée la discrimination fondée sur le principe des castes. Un des préjugés les plus scrupuleusement observé en Inde consiste en ne pas partager un repas avec un membre d’une caste plus basse que la sienne. Les fondateurs du sikhisme instituèrent un repas communal, appelé langar à être partagé entre riches et pauvres toutes castes confondus. C’est une coutume qui persiste toujours dans les temples sikhs de nos jours. Et comme un surnom indien identifie précisément la caste de celui qui le porte, tous les hommes sikh reçoivent le surnom de « Singh » (lion) et les femmes sont appelées « Kaur », (Princesse). Cette coutume existe également toujours.
Malgré tout ce qui précède, les préjudices abondent dans le sikhisme! Les sikhs de hautes castes en règle générale refusent de manger avec ceux de basses castes, les temples subissent une ségrégation selon leur caste et les surnoms identifiant les hautes castes sont toujours utilisés avec Singh et Kaur. De plus si quelqu’un ne se marie pas à l’intérieur de sa caste cela est considéré un grand déshonneur pour sa famille.
Le problème des classes religieuses (appelé varna en Inde) et le système des castes (jati) ne rend pas justice à la dignité et la valeur de chaque individu. Il est possible à chacun de développer ses talents et son potentiel uniquement dans les confins de sa caste. Même si ce ne sont pas tous les Dalits qui sont pauvres et tous les Brahmines (une des plus hautes castes) qui sont riches, les indiens en général perçoivent la misère, la pauvreté, le manque de statut social ou le fait d’être née femme comme les conséquences d’un mauvais karma . Il n’y a pour ainsi dire presque rien que quelqu’un peut faire pour venir en aide à son prochain. Tout ce qui reste à espérer est une meilleure existence dans sa prochaine vie.
La théorie de la réincarnation est si profondément ancrée dans la psyché indienne que même les souches athées du bouddhisme tel le Theravada et le bouddhisme Nichiren acceptent le karma et le samsara. C’est pourquoi la définition de la religion comme une croyance en une divinité est difficilement concevable et pourquoi la définition humaniste de la non croyance au surnaturel et aux phénomènes hors du domaine humain est plus plausible. La croyance dans la réincarnation est surnaturelle ET antinaturelle. Nous n’avons pas de souvenir de vies précédentes, ni aucune réminiscence d’avoir connu qui que ce soit auparavant, pas plus que quiconque n’a visité le paradis pour nous le décrire dans une brochure de voyagiste!
L’humanisme séculier et athée soutient que cette vie est tout ce que nous avons et nous devrions en conséquence avoir une attitude positive envers ce que nous voulons accomplir dans cette vie et ce que nous sommes en mesure de faire. C’est une vision optimiste de la vie avec des attentes élevées envers ses participants. Les récompenses ne se trouvent pas au paradis, c’est ici sur cette terre qu’elles se trouvent et elles sont nécessaires autant pour l’individu qui désire s’accomplir que, dans un sens plus large, pour le bénéfice de la société et de la civilisation entière. Quelle plus grande récompense peut-on souhaiter que de savoir qu’après sa mort on laisse le monde un peu meilleur qu’il était?
S’il n’y a aucune vie après la mort, il faut réévaluer notre relation avec le présent. La mort est finale et cela rend notre vie d’autant plus précieuse. D’avoir vécu et vécu pleinement, admiré la beauté de la nature qui nous entoure, avoir fait l’expérience de l’amour, avoir espéré et aussi avoir été déçu, avoir goûté à la myriade de possibilités que la vie nous offre, la complexité des interrelations avec les autres humains, nos réussites, nos échecs, les vicissitudes et les joies de la vie, ce sont tous des valeurs qu’un humaniste considère comme faisant partie de l’expérience humaine.
La mort est le point final de la vie et les humanistes sont persuadés qu’il n’y a rien après, l’immortalité est un mythe. C’est souvent par peur de la mort que bien des gens s’accrochent aux croyances religieuses. La mort est une chose difficile car les gens qui ne sont plus nous manquent, mais il est réconfortant de savoir que ceux qui sont morts ont vécu une vie pleine et fructueuse, une dimension importante de l’humanisme. S’il n’y avait pas une telle chose que la mort et que nous pouvions vivre indéfiniment, aurions nous besoin de croire en dieu? Si la peur de la mort et la croyance en dieu pousse un individu à mettre tous ses espoirs dans sa prochaine vie au lieu de celle-ci, alors cette personne ne vit qu’une moitié de vie.
Les humanistes n’ont pas à avoir peur de la mort, il est plus facile d’y faire face s’il n’y a pas de « long tunnel noir », pas de renaissance, pas de jugements et de punissions sur nos transgressions et nos « péchés », juste un néant dont nous n’avons rien à craindre. Les atomes qui composent notre corps existent dans cette forme seulement le temps de notre courte existence. À notre mort ces atomes vont se recycler sous une autre forme, puis encore une autre, un nombre incalculable de fois suivant le processus de l’évolution. Nous sommes, temporairement, de la même matière que l’univers.
Les humanistes sont convaincus que nous n’avons nul besoin de quelque chose d’extérieur à nous-mêmes pour trouver un sens à la mort. La mort est le dénominateur commun pour toute l’humanité, nous ne pouvons l’ignorer. Mais le meilleur moyen de la mettre en perspective est de s’assurer que la vie qui la précède soit pleine, dynamique et fructueuse, évolutive et accomplie, de façon à la mettre en valeur, non seulement pour l’individu, mais aussi pour la société dans laquelle cet individu se trouve.
Comme êtres humains nous avons tellement de potentiel. Être vraiment humaniste, c’est de mettre tout en œuvre pour pleinement réaliser autant de ce potentiel que possible. Si nous n’avons qu’une vie à vivre, alors lorsque nous arrivons à la fin de celle-ci, elle devrait avoir été vécue pleinement, de la façon la plus appropriée pour chaque individu et pour la société en général. Nous devrions avoir le moins de regrets possibles et la satisfaction de savoir que même si nous n’avons pas pleinement atteint notre potentiel, nous avons mis tous les efforts nécessaires pour grandir en tant qu’humain.
L’être humain est une entité distincte, qui ne dépend d’aucune façon d’une essence divine pour exister et mener sa vie. Comme nous n’avons qu’une vie et que nul dieu n’est responsable de la façon dont elle est vécue, il n’en tient qu’à nous de développer notre potentiel, de se tenir debout et de considérer notre existence et notre rôle dans celle-ci maintenant, au moment présent.
Développer le potentiel humain sans la religion – Cour 1 complété!